Luc Vanrell: L’homme qui a trouvé l’avion P-38 Lightning du “Petit Prince” Antoine de Saint-Exupéry

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By Pierre Kosmidis

 
Luc Vanrell, est un plongeur, photographe et explorateur sous-marin français, découvreur de nombreuses épaves dont la plus connue est celle du P-38 de Saint-Exupéry, lors de sa dernière mission au-dessus de la Méditerranée, le 31 juillet 1944.
Les restes de l’avion de l’écrivain-pilote gisent par 83 mètres de fond, dans la rade de Marseille.
Expliquez nous comment avez vous decouvert le P-38?
C’est dans les années 80, en mettant au point des techniques de plongée autonomes profondes légères, que je repère cette épave disloquée que je pense alors allemande.
Une première tentative d’identification en 1989 échouera.
C’est la découverte de la gourmette en argent portant le nom de Saint-Ex en 1998 par Jean-Claude Bianco, pêcheur local, qui va relancer mon enquête.
Avez vous aussi trouve d’ autres epaves de la deuxieme guerre mondiale?
Oui, Marseille de par son ancienneté et l’importance de ses ports a été la scène de très nombreuses tragédies, fortunes de mer et naufrages divers.
Son intérêt stratégique l’a placée au premier rang du théâtre des opérations de la seconde guerre mondiale et donc les vestiges sont très nombreux au fond de la mer pour qui sait les reconnaître.
J’ai ainsi pu découvrir plusieurs épaves d’avions et de navires de cette période.
 
Qu’est-ce que vous avez réfléchi, quand vous avez appris que c’est l avion de St. Ex, quels étaient vos sentiments?
Ce n’était au début de mes recherches qu’une simple hypothèse de travail liée à la découverte d’une gourmette en argent, au nom de l’écrivain, par un pêcheur.
C’est donc progressivement, au fil de l’enquête archéologique, que la certitude s’est installé, jusqu’à la preuve indiscutable.
Il a d’abord fallu confirmer qu’une partie des vestiges sur ce secteur appartenait à un «Lightning».
Ce n’était pas si simple car deux avions se sont crashés à cet endroit et leurs restes sont amalgamés. La profondeur importante et le manque de moyens ont également compliqué les investigations sous l’eau.
Une fois la présence d’un Lightning confirmée, c’est la recherche documentaire qui va me permettre d’identifier la première «preuve», une pièce particulière ne pouvant être que sur l’appareil de Saint-Ex. Mais, il m’a fallu constater sa présence sur l’épave.
Jusqu’à cet instant, je reste dans la possibilité. C’est donc sous l’eau, alors que je plonge pour vérifier si cette pièce existe encore, lorsque je l’ai enfin en main, que le «possible» devient brutalement, presque violemment, enfin une certitude.
Et comme toujours dans ce cas, ces vieilles ferrailles sans âme s’humanisent subitement pour raconter un drame, une époque, la mort d’un homme et quel homme, le grand Saint-Ex lui-même !
Il s’ agit pourrait-on dire, d’une tragédie mondiale, lorsque St Ex était un écrivain bien aimé aux tiers du Monde. Quelle est votre pointe de vue?
Personnellement je trouvais qu’il y avait peu d’intérêt à rechercher l’épave de Saint-Ex car il ne s’agit somme toute que d’une anecdote historique.
Les richesses culturelles que Saint-Ex a offert aux hommes sont dans ses textes, pas dans les restes de son avion.
De plus, ayant été un jeune lecteur passionné de Saint-Ex, je trouvais que sa disparition (comme pour le Petit Prince) était ce qui lui seyait le mieux.

Ce n’est que la logique archéologique qui m’a mené à me questionner sur les liens qui pourraient exister entre Saint-Ex, la gourmette et des vestiges d’avions.

Le peintre grec Kostas Kavvathias a préparé cette peinture du P-38 “Lightning” d’Antoine de Saint-Exupéry
Avez vous rencontré le pilote allemand qui a tué St Ex? Il avait dit a un interview a BBC il y a quelques années, que s’il connaissait qu’il s’ agissait de l’avion de St Ex il n’aurait pas eu le tuer.
J’ai commencé ces recherches seul sur ces vestiges à partir des années 80.
Puis, Jean-Claude Bianco repêche la gourmette en 1998 ce qui réactive mes recherches.
Philippe Castellano, historien français, m’a rejoint en 2000, ensuite, Lino von Gartzen, archéologue bavarois en 2005.
C’est alors que l’enquête sur les circonstances de la mort de Saint-Ex bat son plein et va nous conduire à Horst Rippert en 2006.
M. Rippert reconnaîtra les faits mais refusera d’abord de témoigner de son vivant. Nous (Philippe, Lino et moi) déciderons de rester très discret et de limiter les contacts.

Seul Lino rencontrera M. Rippert, Philippe et moi nous contenterons de communications téléphoniques. M. Rippert, ainsi mis en confiance après presque 2 ans sans trahir son secret, finira par accepter l’idée d’une interview filmée.

Nous avions fait valoir que notre témoignage après sa mort serait fade et qu’il nous semblait important de filmer sa déposition (très émouvante) en image, ce qui fut fait, à sa demande par ZDF, son ancienne entreprise.
Les images devaient y rester en archive jusqu’ à sa mort. Mais nous avons réussi à le convaincre de les utiliser de son vivant et d’assumer cette catastrophe qui n’était somme toute qu’un fait de guerre entre soldats.

M. Rippert avait appris à voler avant la guerre, motivé par les lectures de son héros, Antoine de Saint-Exupéry…

Photo du pilote allemand Horst Rippert, © 2008 Hans Fahrenberger
Ou se trouvent les morceaux recuperés de l’avion aujourd’hui?
Une grande partie a été dispersée par la pêche, le reste repose encore sous l’eau, sur place, et la partie remontée a été confiée au musée de l’air et de l’espace du Bourget.
Quelle est votre impression la plus forte quand vous pensez de votres plongées au fond de Marseille?

Paix, sérénité, immensité, solitude et beauté originelle.